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les Congolais affamés rêvent d'être recolonisés par la France
Quand je lis que des Brazzavillois envahissent l'avenue de la Paix pour fêter les victoires de l'équipe de France à la coupe du monde de football, je suis très mal dans mon être. Et quand je lis encore que ces heureux fêtards voient en la France leur patrie, je suis tout simplement effondré et au bord des larmes. Ce ne sont malheureusement pas des larmes de bonheur, mais de honte. Quarante-cinq ans d'indépendance pour en arriver-là, voilà qui dépasse tout ce que j'avais jusqu'ici imaginé sur notre degré d'aliénation et d'indignité. André Matsoua et ses compagnons qui se sont battus pour notre liberté et pour l'égalité des droits entre Blancs et Noirs des colonies sont morts pour rien. Nos grands-parents, victimes des atrocités du travail forcé, ont sacrifié leur vie pour rien. Nous avons oublié le code de l'indigénat qui faisait de nous des sous-hommes. Les cris de révolte de Franklin Boukaka se perdent dans la forêt du Mayombe.





Même dans les départements français d'Amérique qui ont subi trois siècles d'esclavage et de colonisation, nos frères antillais et sud-américains se disent et se vivent d'abord Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais avant d'être des citoyens français. Ils se battent chaque jour pour la reconnaissance de leur histoire, de leur langue, de leur identité et du rayonnement de leur culture. Le 20 mai passe avant le 14 juillet. Là-bas, les héros ne s'appellent ni Napoléon ni de Gaule, mais des nègres marrons, ces anonymes qui ont osé briser leurs chaînes pour vivre en hommes libres dans des zones inhospitalières.


Qu'avons-nous donc fait au bon Dieu pour refuser de grandir ?


Dieu que c'est triste. Sommes-nous aussi débiles que cela, au point de ne pas comprendre que cette France que nous chérissons tant n'existe que dans nos têtes ? La vraie, celle de notre vie quotidienne, a suffisamment des problèmes comme ça pour se préoccuper de l'Afrique, de ses interminables guerres ethniques, de ses famines, de ses dettes, de sa sécheresse, de ses criquets, de ses dictatures, de ses épidémies et de toutes ses innombrables calamités. 99% de ses citoyens s'en foutent du devenir de l'Afrique. D'ailleurs, ils ne savent même pas où se trouve le Congo, sur ce vaste continent sauvage. Et ils ne s'en portent pas plus mal. Leurs gouvernants, eux, ne s'y intéressent que pour nos matières premières et pour entretenir l'illusion d'être une grande puissance.

Mais qu'avons-nous donc fait au bon Dieu pour refuser de grandir et pour passer notre vie à nous prosterner en tous temps et en toutes circonstances devant ces hommes qui s'enrichissent sur notre dos ? Chez nous, les Blancs sont des expatriés, c'est-à-dire des seigneurs tout puissants qui ne se refusent rien et nous regardent de haut. Chez eux, nous sommes des immigrés, c'est-à-dire des pauvres hères occupant le bas de l'échelle sociale et parqués dans des quartiers et des taudis immondes sur qui pèsent les pires clichés. Chirac, l'ami de Sassou, stigmatise notre bruit et nos odeurs. Nous puons. Ils ne veulent pas de nous. C'est logique.

Quand nous débarrasserons-nous enfin de nos complexes d'infériorité et refuserons d'être traités comme des moins que rien et de la sous-merde ? Il y a quelques années, j'étais en vacances à Pointe-Noire, chez un ami cadre supérieur dans une société pétrolière, logé par son entreprise. Un jour, je pénétrai seul à pied dans l'enceinte de sa résidence. Un gardien posté à l'entrée m'apostropha brutalement en ces termes : « Eh, où tu vas, toi ? » J’étais chez moi, dans mon propre pays, donc libre de me rendre où je voulais. Mais en excellent chien de garde parfaitement dressé, ce frère me voyait d'abord avec les yeux de ses maîtres blancs. J'étais Noir, donc une merde. Accompagné d'une femme blanche le lendemain, le même gardien me salua avec un stupide sourire aux lèvres et me gratifia d'un obséquieux « bonjour, chef. » Le monde du Blanc m'avait accepté, j'étais donc redevenu quelqu'un.

Dans notre Congo indépendant, des exemples comme celui-ci ne manquent pas. S'il n'y avait qu'un vigile et le Congolais lambda qui avaient cette attitude-là, je pourrais à la limite en rire. Mais nos dirigeants, du président de la République à l'ensemble du gouvernement, en passant par les parlementaires, ne valent guère mieux. Ils montrent des muscles et jouent les durs devant leurs propres citoyens, mais se comportent tous en véritables Oncle Tom devant le premier clochard blanc en costume déguisé en homme d'affaires ou en conseiller du prince, que l'on croise dans les antichambres de nos palais et de nos ministères.

« Eh, où tu vas, toi ? »

La France refuse à nos sportifs des visas d'entrée en Europe pour participer à un tournoi international en Allemagne ? Profil bas et silence radio de Sassou et de ses ministres. Aucune protestation, même symbolique, de la part de notre célèbre porteur de noeud papillon. Ce n'est pas à l'Afrique du Sud, au Nigeria, à un pays arabe ou sud américain que la France se serait permise un tel mépris. Mais nous, nous ne sommes que des domestiques, des pauvres boys à qui l'on n'épargne aucune humiliation. Chaque occasion est bonne pour nous le rappeler, au cas où nous aurions oublié où se trouve notre place.

Il y a trois ou quatre mois, Evo Morales, le tout nouveau président bolivien a tenu sa promesse électorale de nationaliser l'exploitation du gaz. Emoi et scandale dans les pays riches, notamment aux Etats-Unis et en Europe. De passage au parlement européen de Strasbourg, les députés de droite, ces partisans de la liberté d'entreprendre et d'exploiter les pauvres, décident de le boycotter en désertant l'hémicycle. Evo Morales ne s'est pas laissé impressionner en exposant fermement à la tribune les objectifs de sa politique : développer son pays. Est-ce un crime ? Quand, ajoute-t-il, les Boliviens sans travail chez eux viennent tenter leur chance en Europe, ils sont expulsés sans ménagement, ou, pour les plus chanceux, vivent dans la clandestinité, tassés dans des logements pourris que nous autres Africains connaissons bien. Il ne voulait plus voir ses concitoyens subir ce sort-là en favorisant la création d'emplois en Bolivie. En 45 ans d'indépendance, combien de chefs d'Etat africains avons-nous entendu tenir ce type de langage simple, clair, direct, franc devant un dirigeant de pays développé ? Zéro. Les rares qui ont osé exprimer notre volonté d'exister pour nous-mêmes ont été assassinés. Ils s'appellent entre autres Lumumba, Boganda, Um Nyobé, Sankara. Nous pouvons chaque jour mourir en mer sur des embarcations de fortune en tentant de gagner les côtes européennes, nos présidents potiches s'en moquent.

Quand allons-nous enfin comprendre que la France ne fera rien qui nous soit favorable à nous autres Africains malgré les beaux discours dont nous abreuve Chirac depuis plus de 30 ans ? Il faut le savoir une fois pour toutes que ce pays ne nous est d'aucune utilité. Pourquoi nous apporterait-elle aujourd'hui ce qu'elle ne nous a pas apporté en 85 ans de présence sur notre sol, alors que depuis 1960, elle n'est tenue par aucune obligation vis-à-vis de ces peuples dont elle prétendait avoir pour mission de civiliser ? Nous sommes indépendants, donc libres de nous entretuer entre ethnies rivales et entre sauvages. Mais cette même liberté tant vantée nous est niée lorsque nous entendons l'assumer pour choisir nos dirigeants et pour gérer les richesses de notre sous-sol. Laurent Gagbo en fait en ce moment l'amère et douloureuse expérience.

Je nous plains pour nos illusions. Je nous plains pour notre stupidité. Je nous plains pour notre lâcheté et pour notre servilité

Je nous plains pour nos illusions. Je nous plains pour notre stupidité. Je nous plains pour notre lâcheté et pour notre servilité. Quand bien même elle manifesterait des velléités de nous venir en aide, il nous faut nous mettre dans le crâne une fois pour toutes que la France d'aujourd'hui n'en a plus les possibilités. C'est un pays surendetté qui vit au-dessus de ses moyens et cumule les déficits publics depuis plus de 20 ans, avec une croissance en berne. Ses fonctionnaires sont mal payés, son système de protection sociale et de retraites est au bord de l'implosion, son école et son université en déclin, ses vieux meurent dans l'indifférence totale dès que le mercure se maintient au-dessus de 36 °C pendant plus de quinze jours, ses banlieues pauvres flambent, le niveau de chômage est toujours aussi élevé, les Noirs et les Arabes, accusés de tous les maux, sont victimes de toutes les formes de ségrégation et d'humiliation, les services publics vont mal et l'Etat est contraint d'y supprimer des milliers d'emplois. Le même Etat n'honore même plus sa propre signature en renonçant unilatéralement au financement des projets contractualisés avec les villes et les régions. Son président de la République est un vieil homme usé et cerné par les juges, tandis que son Premier ministre n'a plus que 18 % de ses concitoyens qui lui font encore confiance. Dans n'importe quelle démocratie, ces deux-là auraient déjà dégagé. Mais ils sont comme leurs préfets nègres placés à la tête des dictatures africaines. Ils s'accrochent.

Si la France était un pays du tiers monde, le Fmi, la Banque mondiale et les fonds vautours rôderaient déjà autour de ce grand malade. Et c'est de ce pays-là que nous attendons notre salut ? Pauvres et pitoyables Cons-golais. Nous n'avons toujours pas compris que dans ce bas monde, chacun voit midi à sa porte. Continuons à vivre par procuration en célébrant les exploits des autres. Restons assis sur le trottoir à tendre la main aux rares, hypothétiques et fantomatiques passants qui voudront bien nous faire l'aumône. Dans 300 ans, nous en serons toujours au même point : des sous-hommes maudits, pauvres, affamés, malades qui, au mieux, inspirent la pitié, et au pire, sont méprisés. De la sous-merde, en français courant.

Musi Kanda

source:mwinda.org
ARCHIVE, le 09 Juillet 2006     

Vos commentaires
Posté par badeela le 13 Juillet 2006 à 21:21

tout a été dit

cher musi kanda, j'ai été tellement ravie par ton récit, ravie de constater qu'il existe des congolais conscients comme toi et moi. Tu as exprimé là toute ma pensée, celle que j'essaye en vain d'expliquer à mes compatriotes lorsque je vais à brazza et qui sont persuadés que je veux les empêcher de vivre au jardin d'eden (la france), pays dans lequel je vis depuis 21 ans. Merci merci encore, ça me fait tellement plaisir de savoir qu'un de mes frères pense comme moi. Même si j'avoue que j'aurai préféré ignorer ce qui s'est passé avenue de la paix ce soir là.
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Posté par cougar1 le 17 Juillet 2006 à 20:48

A Antoinette Sassou-Nguesso... souvenir,souvenir...

A Antoinette Sassou-Nguesso, Présidente de la Mission des Premieres dames d’Afrique Madame, Vos consoeurs viennent de vous confier la présidence de la Mission des Premières Dames d’Afrique pour la Paix. Le peuple congolais ne peut que s’en réjouir. De mon côtê je voudrais que vous demandiez à votre époux de donner au Congo la véritable paix. Cette dernière passe par la réconciliation de tous les congolais. Beaucoup de nos compatriotes ne cessent de le lui dire. Malheureusement obnibulé par le pouvoir, votre époux a toujours réservé une fin de non recevoir à ces demandes de paix et de réconciliation. Madame, il y a quelques jours vous avez perdu votre mère. Je vous ai vue très peinée et pleurer à chaudes larmes. Mes amis et moi qui avons connu votre mère, notre maman qui nous avait adoptés avec feu Majoca à kinshasa, avons partagé votre peine. Et cette peine que vous avez eue, d’autres mamans congolaises, comme les mères des Disparus du Beach ue vous avez toujours refusé de recevoir, l’ont toujours dans leurs coeurs. Comme ces milliers de mères et soeurs congolaises qui, suite à la folie et au goût du pouvoir pour le pouvoir de votre époux, ont perdu et enterré à la sauvette leurs époux, leurs enfants, leurs fères et leurs proches, dans les forêts de la Bouenza, de la Lekoumou, du Niari et du Pool, ou encore dans les rues des quartiers sud de Brazzaville en 1997 et en décembre 1998. Comme ces milliers de femmes et mères congolaises qui attendent depuis huit ans le retour de leurs époux, de leurs frères, de leurs amis et de leurs proches, exilés à l’étranger. Malgré le fait que vous ayez été consolée et assistée dans votre épreuve par les grands de ce monde, votre douleur est aussi grande que celle de ces mères et femmes congolaises envers qui votre époux n’éprouve aucune compassion, ces "pauvres Makaya" qui attendent toujours de connaìtre la vérité sur la disparition de leurs proches ; ces "pauvres Makaya" qui scrutent quotidiennement l’horizon dans l’espoir de voir un des leurs revenir au pays. Que cette douleur vous donne le courage de dire à votre époux " Chéri, ça suffit.Reviens à de bons sentiments. Le pouvoir auquel tu es parvenu en marchant sur les cadavres a changé ton coeur en pierre. Ton coeur est devenu aussi dur que celui d’Hérode. Ces mères qui pleurent leurs enfants et leurs parents nuit et jour sont des êtres humains comme toi et moi. Réconcilie-toi avec ton et les autres. Contrairement à ce que tu crois, le peuple te boude ; ne te fie pas trop à ce que te racontent tes courtisans. N’oublie pas que "qui presse trop la mamelle pour en tirer du lait en l’échauffant et la tourmentant, tire du beurre ; qui se mouche trop fortement, fait venir le sang ; qui presse trop les hommes, excite des révoltes et des séditions". Madame, La charité bien ordonnée commençant par soi-même, commencez par donner la paix au Congo. Puisse cette nouvelle charge qui vous est confiée fasse de vous une véritable et sincère ambassadrice de la paix. Je compte sur vous, ya Tchibota
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