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L'INSOUTENABLE VORACITÉ DES FIRMES PHARMACEUTIQUES
Au moment de mettre sous presse, on apprenait que les plus grandes compagnies pharmaceutiques au monde abandonnaient les poursuites intentées trois ans plus tôt contre le gouvernement sud-africain, qui permet l'importation de médicaments génériques dans les hôpitaux publics afin de combattre le sida. Mais comme leur combat pour la " propriété intellectuelle " n'est certainement pas terminé, le texte qui suit demeure malheureusement d'une grande actualité.

À l'instar de plusieurs pays subsahariens, l'Afrique du Sud est en train de vivre une véritable hécatombe. Les défis posés par la pandémie du sida dépassent l'entendement. Plus de 10 % de la population sud-africaine est atteinte, soit 4,7 millions de personnes. Il en meurt 250 000 chaque année. Les cimetières engorgés ne parviennent plus à répondre à la demande. Les corps des personnes doivent attendre plusieurs jours avant d'être enterrés et de trouver, selon la spiritualité africaine, un repos éternel.

Face à cette situation, le droit inconditionnel à l'accès aux médicaments anti-rétroviraux constituerait, pour l'Afrique du Sud et tous les autres pays aux prises avec le même fléau, une véritable bouée de sauvetage. Mais cela suppose que les États africains puissent contourner le mur juridique dont les compagnies pharmaceutiques se sont entourées. Si l'on maintient la logique du brevetage, il faudra attendre 15 ans avant que les brevets ne deviennent patrimoine mondial. Cela reviendrait à accepter la mort des 26 millions d'Africains séropositifs, sans compter d'autres millions qui auront contracté le sida entre-temps. Les pressions et les campagnes internationales des ONG humanitaires, telles Médecins Sans Frontières et Oxfam, en vue " d'une solidarité et d'une ingérence thérapeutiques " apparaissent alors d'une importance capitale.

Toutefois, si certains pays européens sont d'accord avec le principe de permettre à des pays moins nantis de fabriquer des médicaments génériques, le Canada et le Québec continuent d'afficher un silence assez troublant. Quant à l'administration Bush, elle vient de suspendre la décision prise par Bill Clinton de donner l'autorisation de réduire les prix de manière substantielle ou de fabriquer en Afrique - lorsque les brevets sont détenus par des firmes américaines - des médicaments génériques, au nom de l'urgence nationale.

Damnés de la terre, élus du sida

Les ravages du sida sur le continent africain montrent à maints égards que les disparités entre le Nord et le Sud sont toujours responsables de la division du monde en deux blocs sans commune mesure : le bloc vivant et le bloc vivotant. Ce n'est pas par hasard que le 5 mars 2001, jour d'ouverture du procès des industries pharmaceutiques contre l'État sud africain, le millier de manifestants scandaient des slogans anticapitalistes dans les rues de Pretoria : " Le capitalisme est un système malade " et " Nous voulons des traitements gratuits pour tous ".

Avec ses 784 millions d'habitants et une superficie trois fois supérieure à celle de l'Europe, le continent africain réclame toujours son droit à la dignité. L'afropessimisme qu'on souhaiterait pourtant convertir en afrorenaissance est en train de s'incruster dans nos esprits. Il est déjà trop loin ce temps d'euphorie qui a accompagné la décolonisation du continent. Liberté et dignité retrouvées peuplaient les rêves de nos aînés, dans les années 50. Mais il n'y a ni liberté, ni dignité quand des peuples sont contraints d'apprivoiser une vie d'éternels rebuts du monde, une vie en éternel sursis. Il n'y a pas d'affranchissement dans une structure et un système où les deux pôles en présence portent les titres de " maîtres décideurs " et de " subordonnés exécutants ".

Aussi, ne soyons pas étonnés si au moment où l'épidémie du sida semble s'atténuer dans les pays développés, elle progresse de façon fulgurante en Afrique, dans les Caraïbes et en Asie du Sud-Est, contrées où, sous l'effet des mesures d'ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque mondiale, les structures sociosanitaires - déjà très fragiles - ont subi une hémorragie interne. Ne cherchons surtout pas à comprendre pourquoi, sur les 36 millions de personnes atteintes du sida, 26 millions vivent sur le continent africain! Pourquoi, sur les 21 millions de personnes mortes depuis 1980, 75 % étaient africaines!

Des faux-fuyants inacceptables

Il n'y aurait évidemment aucun lien de cause à effet entre la pauvreté, la déréglementation imposée par les organisations internationales et l'état sanitaire! Rien d'immoral à ce que la Banque mondiale intime à la Côte d'Ivoire - pays où 10,8 % de la population des 15-49 ans sont séropositifs, selon le rapport ONU-SIDA de juin 2000 - l'ordre de lui rembourser une somme de 49,8 millions $US en deux mois! Bien que 16 % des 15-49 ans soient atteints du sida, le Malawie doit donner priorité au remboursement de sa dette, chiffrée à 35 % des revenus de l'État. La Zambie doit débloquer 40 % de ses revenus alors qu'elle fait face à un taux de 19,9 % des 15-49 ans atteints (Le Monde, 23 septembre 2000).

Il n'y aurait donc rien de paradoxal au fait que le pourcentage des personnes atteintes du sida soit proportionnel au pourcentage de la dette extérieure de certains pays et que la priorité d'assainir les finances publiques passe par le sacrifice de ces populations!

Les chiffres sont tout aussi renversants si l'on considère le nombre d'orphelins. Ted Rogers, du Jesuit AIDS project, à Harare, fait état de 13,4 millions d'orphelins dans le monde, dont 12,1 millions sur le seul continent africain. Mais tous ces chiffres ne réussissent pas à ébranler la conscience de l'industrie pharmaceutique, qui garde les médicaments anti-rétroviraux à des coûts exorbitants!

Il serait normal que, dans un continent où 290 millions de personnes survivent avec moins d'un dollar par jour, on demande aux malades du sida de payer 400 $ par mois pour l'achat de médicaments! Quand des pays comme la Thaïlande, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et le Kenya annoncent l'intention d'autoriser la production locale de médicaments génériques, la libéralisation, tant louangée, révèle son vrai visage. Sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce, leur ange gardien, les multinationales s'abritent alors derrière la notion de propriété intellectuelle et menacent de recourir à leur justice. L'investissement dans ce secteur, se défendent-elles, est tellement colossal (87,5 milliards $US par année) qu'il vaut mieux fixer un coût compensatoire en faisant d'abord des profits auprès de ceux qui ont les moyens de se payer ces médicaments. Les autres - damnés de la terre - ne représentant que 1,3 % des ventes, ils pourront toujours attendre, c'est-à-dire crever!

On refuse de trouver des solutions, mais on fournit des explications, des artifices et des faux-fuyants. On justifie la situation de ces pays pauvres qui stagnent dans un état d'éternels arriérés économiques : ils sont gangrenés par la corruption, la mauvaise gestion et la dictature; ils dépensent plus d'argent dans la défense nationale que dans le social… On oublie de dire que certaines puissances comme les États-Unis et la France dépensent aussi des sommes faramineuses dans la défense. On oublie de dire que, protégés par leurs parrains, ces régimes antidémocratiques sont, dans plusieurs cas, des placements et des satellites du Nord. On ne dit pas que, corrompus ou pas, ces régimes représentent des peuples qui ne demandent qu'à vivre ou même à survivre.

Survivre à l'épidémie du sida est le nouveau défi du continent africain. Cette pandémie infecte et affecte les communautés du Sud. Il y va de l'avenir de plusieurs nations. La survie exige en priorité l'accès équitable aux médicaments. Elle réclame des moyens pour faire la prévention et l'éducation, spécialement auprès des jeunes qui, chaque année, contractent le VIH (soit environ deux millions). Elle passe également par la réhabilitation du système de santé publique.

La vulnérabilité des femmes

La valorisation d'une approche féministe s'impose aussi. D'une part, plusieurs études démontrent que les jeunes femmes risquent cinq fois plus d'être infectées que les jeunes hommes. D'autre part, on ne peut pas parler du sida sans évoquer le rapport à la sexualité. Force est de constater que des stéréotypes continuent d'associer le sida à la prostitution. De la prostituée à la femme, il n'y a qu'un pas à faire. Dans le même temps, et certainement avec les meilleures intentions du monde, le discours de leadership donné aux femmes, tel qu'il transparaît à travers les messages de prévention, fait d'elles les uniques responsables de la solution et de l'échec. Vulnérables, porteuses du sacrifice et du coût social, aidantes naturelles, pauvres parmi les pauvres, les femmes sont malgré tout la colonne vertébrale des communautés et des familles. Mais cette colonne vertébrale est en train de se briser. Et avec elle, des millions d'âmes.

Le sida aura montré jusqu'où peut aller le cynisme des milieux d'affaires. Et le défi judicieusement lancé par Bernard Kouchner, cité par Joseph Brunet-Jailly dans un article publié dans la revue Esprit, en janvier 2001, devrait en faire réfléchir plus d'un. " Moralement, peut-on se résoudre à passer par pertes et profits les 30 millions d'humains que tue le VIH au seul motif qu'ils sont impécunieux, peu éduqués et que notre argent serait mieux placé ailleurs? "

Si l'humanité se permet de passer encore une fois à côté de son histoire, on dira qu'il avait peut-être raison, le poète. On récitera le triste et célèbre vers : Soufre pauvre nègre, nègre et noir comme la misère.

Référence : Nduwimana, Françoise, "L'insoutenable voracité des firmes pharmaceutiques", Relations, juin 2001 (669), p. 32-35
ARCHIVE, le 26 Septembre 2006     

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