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Fausses notes dans la samba brésilienne...
La réputation de paradis multiracial dont jouit le Brésil est largement usurpée. Dans leur vie quotidienne, les Noirs se heurtent toujours aux préjugés issus de l’histoire coloniale.

Le Brésil a 501 ans. Pendant sa courte histoire, le pays a vu arriver, par vagues successives, des immigrants du monde entier. La joie de vivre tropicale aidant, ce mélange de gens et de couleurs a accouché du mythe de la «démocratie raciale». Selon ce stéréotype rebattu, une harmonie sociale sans dissonance régnerait sur les relations entre les Brésiliens, quelle que soit la couleur de leur peau.
Pourtant, si un même sourire illumine les visages noirs, blancs, mulâtres, rouges ou jaunes, quand résonnent les premiers accords du tambour dans les écoles de samba, de forts préjugés subsistent. Ils sont à la fois raciaux, sociaux et économiques et méritent d’être dénoncés.
Le 13 mai 1888, le Brésil était le dernier pays occidental à abolir la traite des Noirs. Colonisé par les Portugais en 1500, il a donc pratiqué l’esclavage pendant plus de trois siècles. Premier importateur d’esclaves de l’histoire moderne, il a débarqué sur ses côtes 40% des Africains déportés vers le continent américain.
Rio de Janeiro devint ainsi la plus grande ville africaine du monde, dotée du plus grand port négrier et du plus grand marché aux esclaves, le Mercado do Valongo. Aujourd’hui, seul le Nigeria recense plus d’habitants noirs que le Brésil.

Blanchir la société
Les relations sexuelles entre les Blancs et leurs esclaves – les fils des maîtres, en particulier, s’initiaient à la sexualité avec les femmes asservies – allaient donner naissance aux mulâtres. Leur nombre est aujourd’hui supérieur à celui des Noirs. Autre phénomène: celui de l’«adoption» des esclaves libérés. Si elle évitait à ces derniers d’affronter un monde hostile, elle eut aussi pour effet de les maintenir dans un état de subordination, même si elle perpétuait les liens d’affection apparents — et parfois véritables — qui les unissaient aux «maîtres de la grande maison».
L’expression «démocratie raciale» apparaît dans les années trente, au moment même où le gouvernement s’efforce de «blanchir» la société en incitant les «races les plus avancées», c’est-à-dire les Européens, à immigrer au Brésil. Le mythe de l’infériorité raciale et intellectuelle des Noirs fait l’objet d’un consensus. Dès lors, modifier la composition de la population, constituée en majorité de descendants d’Africains, devient une priorité. Avec cette nouvelle politique, le sort des Noirs va empirer: ils doivent affrontent la concurrence de la main d’œuvre fraîchement débarquée pour les emplois auxquels ils pouvaient prétendre jusque-là. Ainsi, au cours des cinquante ans qui suivent l’abolition de l’esclavage, les Noirs émancipés viennent grossir les rangs des sans-logis et des mendiants. Quand ils ont un toit, c’est bien souvent dans un bidonville. Pour s’assurer un revenu, ils doivent se contenter d’emplois mal payés et peu qualifiés.
L’ampleur des inégalités transparaît dans les statistiques, à commencer par celles de la mortalité infantile: sur mille enfants, 62 noirs et 37 blancs meurent avant un an (76 noirs et 45 blancs avant cinq ans). L’espérance de vie des Noirs (62 ans pour les hommes, 68 ans pour les femmes) est inférieure de six ans à celle des Blancs.
Dans cette partie de la population, le taux d’analphabétisme atteint 22%, la scolarité moyenne ne dépasse pas six ans. Lorsqu’ils arrivent sur le marché du travail, la plupart d’entre eux sont encore très jeunes et n’ont pas achevé leur scolarité. A peine 18% des jeunes Noirs accèdent à l’enseignement supérieur et, parmi ceux-là, 2,3 % seulement terminent leurs études universitaires.

Un seul serveur noir à Copacabana
L’insuffisance de leur formation se reflète dans la vie professionnelle. Quand un Noir et un Blanc postulent, à qualification égale, pour le même emploi, le second part favori. Une fois embauchés, les Noirs sont victimes de politiques salariales discriminatoires qui, pour des fonctions identiques, les désavantagent. Le chômage touche 11 % des hommes et 16,5 % des femmes noirs. De plus, 34 % de Noirs vivent au-dessous du seuil de pauvreté et 14 % au-dessous du seuil d’indigence.
Selon une enquête menée, en 1996, par O Dia, le quotidien populaire le plus vendu de Rio, sur les 318 employés des bars et des restaurants situés sur les plages de Copacabana et d’Ipanema, un seul était noir. Les hôtels, les restaurants, les banques et les centres commerciaux se montrent réticents à embaucher des Noirs, parce que leurs clients, expliquent-ils, préfèrent traiter avec des employés blancs.
Les annonces d’emploi, publiées par la presse, utilisent un langage codé, compréhensible de tous: la mention «bonne présentation requise» signifie en réalité que les Noirs ne sont pas acceptés. Un article du code du travail (Sistema Nacional de Empleo) est encore plus pervers: il prévoit que le candidat mentionne sa couleur de peau et permet à l’employeur de prétexter que la place est prise pour refuser une candidature.

Juifs, Indiens, Gitans, homosexuels…
Depuis quelques années, dans les grandes villes, Sao Paulo ou Rio de Janeiro, par exemple, de nouvelles cibles — Juifs, Indiens, Gitans, homosexuels et même les Nordestins (les Blancs pauvres venus de la région du Nordeste en quête de meilleures conditions de vie) — font les frais du racisme.
Minimiser la haine raciale, sous prétexte qu’elle ne s’exprime que de façon sporadique, devient aujourd’hui impossible. Les publications antisémites et révisionnistes, officiellement interdites, circulent à découvert. Internet distille des propos haineux à l’égard des Noirs, des Juifs et des homosexuels. Les profanations de cimetières juifs, les graffitis injurieux ou signés de croix gammées se multiplient. Les digues cèdent et, demain, la xénophobie pourrait se focaliser sur n’importe quel groupe, quelles que soient son origine, sa couleur ou ses croyances.
La population blanche veut ignorer cette réalité. Lors d’un sondage réalisé récemment par l’Université de Brasilia, 35 % des sondés reconnaissaient, avec beaucoup de réticences, être racistes, tandis que 65 % le déniaient. Les commentaires, qui accompagnaient ces résultats, comparaient l’invisibilité trompeuse du préjugé racial au bombardier furtif américain B-2, indétectable même par les meilleurs radars.
Dès les années 1980, de nombreux responsables de la communauté noire ont décidé d’attaquer le problème de front et de combattre les préjugés, les peurs et les résistances. Dépassant leurs divergences politiques et religieuses, ils ont mis sur pied un réseau d’associations, qui s’efforcent de défendre les droits des Noirs ou qui mènent des études sur la situation du racisme dans le pays.
Dans le sillage de cette mobilisation, les attitudes à l’égard du patrimoine africain, culturel et religieux, ont évolué. Sa revalorisation contribue à redonner aux Noirs le sens de leur identité. Des publications de qualité se penchent sur l’histoire noire, longtemps négligée; les éditeurs publient des ouvrages, y compris pour les enfants, qui exaltent les héros, fictifs ou réels, issus du monde noir. Même le marché des cosmétiques lance des produits de beauté adaptés à chaque nuance de couleur de peau, à chaque type de cheveux et aux divers styles vestimentaires en usage.

La Constitution brésilienne à l’avant-garde de la législation
Jusqu’ici, le gouvernement se préoccupait de lutter contre la pauvreté, mais jamais contre les effets les plus concrets du racisme. Cette situation commence à changer. Pour être juste, il faut reconnaître que le Brésil, signataire des principaux traités internationaux de défense des droits de l’homme, est à l’avant-garde en matière de législation antiraciste. La Constitution actuelle interdit toute forme de préjugé et qualifie le racisme de «crime imprescriptible». L’année dernière, dans l’Etat de Rio, par exemple, le secrétariat à la Sécurité publique a pris l’initiative de créer un service téléphonique dénommé «SOS Racisme et Antisémitisme», qui reçoit les plaintes des victimes du racisme.
Mais la répression seule ne suffit pas. Tout doit être entrepris pour que chacun, quelle que soit la couleur de sa peau, prenne conscience des injustices sociales et s’efforce de contribuer à éliminer les inégalités.


Diane Kuperman, journaliste et essayiste brésilienne.
ARCHIVE, le 28 Octobre 2007     

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