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SORTIE EN SALLES DU FILM ALIKER DE GUY DESLAURIERS
Le film ALIKER du réalisateur Guy DESLAURIERS sort en salles le mercredi 03 juin, soyez nombreux à la projection de ce film, et faites passer le message autour de vous et de vos proches.
Merci de contribuer à l'émergence du cinéma Antillais en France.

SYNOPSIS :
Antilles. Colonie de la Martinique, dans les années 30. Un simple militant communiste, André Aliker, malgré l’opposition effrayée de ses proches, va prendre la direction de la feuille imprimée que son parti fait paraître, vaille que vaille. Par une intuition extraordinaire, Aliker devinera la force d’impact que pourrait atteindre ce moyen d’expression, et il transformera très vite la petite feuille militante, " Justice ", en un véritable journal, appliquant des méthodes d’investigations et une éthique dignes de la presse moderne.

Dans cet univers colonial, hiérarchisé et clos, soumis à la toute-puissance des usiniers et des planteurs, ce nouveau journalisme aura l’effet d’un cyclone. Aliker s’attaquera directement au plus puissant des usiniers : Le Dragon. Ce dernier a la réputation de détruire tout ce qui s’oppose à ses intérêts. Mais, André Aliker, affrontant sa propre peur, défiant sa propre mort, avec juste l’idée qu’il se fait du journalisme, ira jusqu’au bout de son intransigeant souci d’information et de vérité. De liberté aussi.

UN PEU D’HISTOIRE

Le 12 Janvier 1934, alors que le jour se lève sur Fonds Bourlet en Martinique, deux jeunes garçons jouent sur la plage. Une forme ballottée par le ressac attire leur attention. Les deux garçons s’approchent et découvrent le corps sans vie d’un homme. La victime est solidement ligotée, les deux bras attachés dans le dos. Les autorités judiciaires et les gendarmes dépêchés sur place dressent un premier procès-verbal constatant un assassinat commis sur la personne d’André ALIKER, commerçant à Fort de France et gérant du journal " Justice ". Un émoi colossal soulève la colonie. Des manifestations populaires sans précédent se déclenchent. Le journal Justice se vend à des milliers d’exemplaires…

Cet assassinat ainsi que la violence qui le caractérise est un coup de tonnerre qui bouleverse et marque d’autant plus profondément la conscience collective martiniquaise que ses instigateurs demeurent aujourd’hui encore impunis.

André ALIKER naît en 1894 au Lamentin, en Martinique. À 13 ans, il obtient son certificat d’études et travaille durant environ trois ans comme charpentier puis employé de commerce. En 1913, il est exempté de service militaire, mais lorsque la 1ère guerre mondiale éclate, il réussit au bout de la troisième tentative à se faire engager comme volontaire. En France, les rapports exécrables que les Européens entretiennent avec lui, la lecture de journaux comme " l’Humanité " et " Le Canard

Enchaîné " et sa prise de conscience de l’exploitation de l’homme par l’homme provoquent un choc terrible chez André ALIKER. Là, dans les tranchées, au contact des hommes de la classe populaire et du mouvement ouvrier français, surgit sa conscience révolutionnaire.

En 1918, il trouve une place de commis dans une maison de commerce de Fort-de-France puis ouvre rapidement son propre commerce.

En 1920, il se consacre à l’action politique en fondant avec Jules MONEROT et BISSOL le groupe " Jean Jaurès ". Le 8 mai de la même année, paraît le premier numéro de leur journal " Justice ".

Doté d’une conscience sociale, il s’engage dans la lutte aux côtés des travailleurs et participe notamment à la grande grève des charbonniers de la Compagnie Générale Transatlantique d’avril

1925, mais on le voit aussi avec les dockers, les ouvriers du bâtiment et les ouvriers agricoles. La Martinique durant cette période est émaillée de conflits sociaux, de luttes politiques intenses, d’élections et d’actions ouvertes des milieux békés. Par leur puissance financière, ces derniers font régner leur ordre.

Le groupe Jean Jaurès est en échec. Son journal (Justice) se vend très peu. Ses dirigeants (Jules Monnerot, Juvénal Linval, Léopold Bissol) décident d’une opération de survie : développer les syndicats ouvriers et augmenter le niveau de conscience des travailleurs par un journal plus énergique. Ses associés proposent alors à André ALIKER de prendre la gérance du journal et d’en devenir le rédacteur en chef.

André Aliker commence par refuser. Sans que nul n’en sache rien, cette proposition d’une si grande responsabilité l’épouvante. Cette peur réveille en lui une frayeur plus ancienne : une terreur irraisonnée éprouvée durant la guerre 14-18, dans les tranchées de Verdun. Il est persuadé que cette terreur est l’origine de la mort de quelques-uns de ses compagnons. Malgré sa croix de guerre, il en a conservé comme une blessure intime, un sentiment de culpabilité qui, depuis, lui gâche la vie. Mais

André se souvient qu’il s’était juré de ne plus jamais avoir peur. Malgré l’anxiété que provoque en lui cette responsabilité, il décide d’y faire face et finalement d’accepter la proposition qui lui est faite.

Immédiatement, André ALIKER n’hésite pas à dénoncer scandales, injustices et abus des patrons dont il devient la bête noire. Il est à la fois gérant, secrétaire de rédaction, correcteur, diffuseur. Rédacteur aussi de notes courtes, incisives, percutantes qu'il signe, comme en manière de provocation. Mais son souci est aussi d’assurer la régularité de l’édition. À chaque parution, il fait appel aux lecteurs, et aux abonnés pour que l'argent rentre.

En quelques mois le journal Justice connaît un développement considérable. André ALIKER met en place une trésorerie performante et une organisation de vendeurs ambulants qui permet à chaque parution de se répandre non seulement dans tous les quartiers de la ville mais aussi dans les communes les plus lointaines.

Mais le plus étonnant est sa manière d’écrire, sa pratique inédite des investigations, son humour, le ton direct et sans concession avec lequel il s’attaque à cette petite vie coloniale, toute empreinte de racisme, d’exploitations éhontées, de corruptions diverses. À la grande surprise des dirigeants du journal, André ALIKER ne se comporte pas comme un traditionnel militant mais véritablement comme un journaliste d’un genre inconnu au pays. La responsabilité du journal déclenche une véritable révélation chez André ALIKER. Il a le pressentiment de la puissance que représente la presse et une intuition ardente de son rôle en devenir dans l’évolution des sociétés. Il place même le journalisme et le journaliste au dessus du militantisme de base, au dessus de la praxis marxiste. Il n’est, dit-il, au service que de la vérité, que de l’élargissement de conscience. Il dessine les contours d’une notion nouvelle : l’information. Cette attitude provoque des dissensions entre lui et ses camarades dirigeants. Ces derniers ne comprennent pas très bien ce qu’est un journaliste ni même la conception avec laquelle il organise les choix éditoriaux du journal. Ces dissensions atteignent une tension extrême à l’occasion d’un scandale fiscal, impliquant le plus grand planteur et usinier de la Martinique et le plus terrible d’entre eux, Monsieur Eugène AUBERY, dit " Le Dragon ". André ALIKER révèle au grand jour une immense collusion entre politiciens, magistrats, hauts fonctionnaires de la Colonie et planteurs.

Malgré des mises en garde de tous bords, le gérant de " Justice " publie inlassablement des accusations étayées. La conviction de ceux qu’il incrimine est alors qu'ils ont affaire à un homme avec lequel aucune négociation n’est possible. Les menaces contre lui se font alors plus ouvertes. Le 3 novembre 1933, lors d’une représentation du Cirque Dumbar à Fort-de-France, André ALIKER est pris à parti puis agressé par un groupe d’hommes. André ALIKER dépose plainte au commissariat de police de Fort-de-France, mais cette dernière est classée sans suite. Dans l’édition suivante du journal " Justice ", il accuse à nouveau directement le Dragon. Celui-ci poursuit " Justice " en diffamation et le tribunal correctionnel de Fort-de-France condamne André ALIKER, son gérant, à une amende. Le lundi 1er janvier 1934 vers 19 heures, alors qu’il se promène à " La Française " à Fort-de-France, trois hommes assaillent, bâillonnent, ligotent et conduisent André ALIKER à demi inconscient vers une embarcation à fond plat qui attend. Jeté face contre le fond de la barque, il est emmené au large et largué à la mer. Il parvient à se défaire de ses liens, de son bâillon et à regagner la surface.

Pendant plus d’une heure, il va nager avant de regagner la plage. Ce n’est que partie remise. Le jeudi 11 janvier 1934, sur le coup de 14 heures 30, André ALIKER quitte l’imprimerie où se compose le journal " Justice ", rue Louis Blanc, sans avoir terminé les dernières formalités liées à la parution du dernier numéro. Il embarque à bord d’une automobile Nash 3137 stationnée non loin avec son tailleur et ami Hugh DARCY MOFFAT. La voiture prend la direction de la route de Schoelcher. André ALIKER ne réapparaîtra jamais vivant.

UN HEROS TRAGIQUE, PAR PATRICK CHAMOISEAU, SCENARISTE

Il y a un mystère Aliker. Pas seulement le mystère de son assassinat demeuré impuni, mais surtout l’indéchiffrable de sa trajectoire elle-même. Et ce mystère ne peut être explicité par ces masses de documents, procès-verbaux, lettres, articles, photos, que nous avons consultés. Quant aux relations des témoins directs (qui l’ont connu physiquement et qui nous l’ont évoqué au quotidien), leurs descriptions n’ouvrent à aucune clarté.

Deux questions sont à rapprocher pour donner forme à ce mystère :

Comment un militant communiste, durant les années 30, dans une colonie obscurantiste, a-t-il pu avoir l’intuition de ce que pouvait être la presse, et devenir un véritable journaliste ? D’où lui venait cette obstination qui l’amenait à ne rien céder, lui si soucieux de sa famille, alors que les menaces se précisaient, qu’il se retrouvait de plus en plus seul, et qu’il éprouvait des moments de doute et de peur ?

Ce sont ces deux axes qui nous ont aidé à construire les dynamiques de cette histoire. La presse qui arrivait de France relevait d’un autre monde. Elle ne pouvait avoir d’accroche, ni servir de modèle, dans l’arriération violente qui constituait le journalier des isles à sucre de cette époque. Du point de vue interne, la " presse " existante avait toujours été un outil de pugilat. Les mulâtres de Saint-Pierre s’en étaient emparés dès l’abolition de l’esclavage contre les féodalités békées. Mais il s’agissait de feuilles incertaines, sporadiques, qui exprimaient des opinions, envenimaient des polémiques, élargissaient à l’échelle publique l’équivalent de cancans épistolaires. Aliker lui, prendra la feuille Justice (sensiblement du même acabit), pour en faire une arme au service non d’une idéologie, d’une opinion, d’un intérêt personnel, mais de l’exposé des faits, de l’information à dénicher, et de la vérité à oser divulguer… Pour mieux comprendre ce que cela pouvait avoir d’incroyable à l’époque, il suffit de regarder ce qui se fait aujourd’hui, alors qu’il n’y a plus ni pression, ni menace sérieuse, ni un quelconque risque autre qu’alimentaire. Aliker fut donc le père du journalisme martiniquais.

L’autre dimension fut le côté tragique du personnage.

Il semblait regarder sa mort en face, la voir venir, la laisser venir, trembler mais continuer à défier sa vieille djol comme s’il ne pouvait y échapper. Et cette posture inaltérable n’est pas le symptôme d’un coup de tête, d’un accès de colère suicidaire, mais une véritable posture, constante, réfléchie, étalée sur plusieurs années, et s’amplifiant sans faille à mesure que la menace se précisait...

Que savait-il que nous ne saurons jamais ?

Qu’y avait-il de visionnaire dans ce courage ardent ?...

D’où levait cet éclat ?

L’idée qui sous-tend ce film n’était pas de répondre à ces questions mais de les vivre. Il ne s’agissait pas de dissiper les ombres de ce mystère, mais au contraire de bien les souligner, les amplifier, en soupeser l’intense complexité qui est la marque même du grand héros tragique. Il s’agissait aussi de rappeler que les situations les plus désespérées ! comme celle d’une colonie à sucre de ces années-là ! sécrètent de manière toujours mystérieuse des alchimies oxygénantes, des sursauts d’humanisme, des exigences improbables qui réinventent les horizons.

Ce qu’on appelle vulgairement des héros.

Et que les vieux-nègres crient : malboug.

Patrick CHAMOISEAU

le film ALIKER.
alikerlefilm.com


ARCHIVE, le 04 Juin 2009     

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