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Congo : quel débat sur l'école ?
Au Congo Brazzaville, la rentrée scolaire 2005-2006 a été, une fois de plus, largement perturbée, ce qui, au fil des années devient presque une habitude, pour ne pas dire un mode de fonctionnement. Plus de deux mois durant, les enseignants, via leur collège syndical ont boycotté les cours, faisant planer le spectre d’une année blanche sur le pays. Certes les revendications des enseignants sont avant tout salariales, mais ils sont aussi confrontés à des conditions de travail précaires : classes pléthoriques, incivilités, baisse de niveau, manque d’outils pédagogiques, déficit de reconnaissance sociale… Ce malaise du corps enseignant est révélateur de la crise profonde que traverse l’école en particulier et le système éducatif congolais en général.

Pourtant, l’école congolaise a connu par le passé, des périodes plus sereines que celle que nous vivons actuellement. Ancienne capitale de l’Afrique Equatoriale Française, ce pays a eu l’opportunité, en accédant à son indépendance en 1960, d’hériter de nombreuses implantations scolaires, publiques et confessionnelles qui naguère accueillaient bon nombre d’élèves de la sous région d’Afrique centrale. En développant ce patrimoine de départ, le Congo est parvenu, dans les années 1970, à atteindre un taux de scolarisation, pratiquement de 100% dans l’enseignement primaire. Ce qui lui valut d’être souvent cité en exemple dans les statistiques de l’Unesco, comme l’un des rares pays sous développés à réussir le pari de la scolarisation de l’ensemble des enfants en âge d’aller à l’école.

A cette même époque, avec le renforcement du collectivisme d’Etat, l’école congolaise a connu sa première réforme significative, orientée sur deux principaux axes : d’une part, la nationalisation de la quasi totalité des écoles privées et confessionnelles, et d’autre part, sur le plan pédagogique, l’abandon –du moins en théorie - des méthodes dites « passives », où l’enseignement est centré sur le maître, détenteur du savoir, avec sa fameuse chicotte (symbole colonial par excellence), au profit des méthodes dites « actives », prenant en compte les besoins de l’enfant dans son environnement, tout en liant le plaisir à l’apprentissage. C’était l’époque de « l’école agréable », et dans les années 1980, du projet « une école, un champ ».

Dès la fin de cette décennie, la crise économique s’amplifie et l’Etat a de plus en plus de mal à faire face au budget de l’instruction publique. Au début des années 1990, avec la fin de la guerre froide, le Congo s’est à nouveau engagé sur la voie du pluralisme démocratique ; la puissance publique, va dans la foulée, amorcer un désengagement partiel en autorisant à nouveau la création d’écoles privées, et en privatisant une partie des écoles confessionnelles, notamment celles nationalisées dans les années 70. Mais le retour au pluralisme démocratique n’aura pas permis à la société congolaise d’échapper à ses vieux démons, c’est-à-dire, le repli clanique, la guerre civile et son lot de destructions et de désolations. L’instabilité sociale récurrente va occasionner la dégradation, voire la destruction de nombreuses structures scolaires. Même si, au sortir de ces conflits, bon nombre de ces établissements ont pu être totalement ou en partie réhabilitée, avec l’aide des Nations Unies et de différents bailleurs notamment, de nombreuses écoles attendent encore d’être remises en état ou reconstruites. Cette situation a entraîné une nette diminution du taux d’inscription à l’école primaire : de nombreux enfants en âge de fréquenter l’école primaire n’y sont pas inscrits. Ainsi, dans un département comme le Pool où la rébellion persiste dans certaines zones, beaucoup d’enfants ne sont même plus scolarisés depuis des années.

Pour aider le Congo à atteindre les « Objectifs du Millénaire pour le Développement » dans le domaine de l’éducation primaire, les Nations Unis préconisent une mobilisation par ce pays de ses ressources sous toutes ses formes, et la mise en place d’un « Plan national d’action pour l’éducation pour tous » ; ce programme repose essentiellement sur un renforcement des capacités nationales et communautaires, en vue de l’amélioration de l’efficacité interne de l’éducation. Il incite donc les différentes communautés à participer entre autre, aux travaux de réhabilitation.

S’il parait évident qu’une réforme de l’école est nécessaire, une réflexion sur ce sujet devrait tenir compte de plusieurs changements qui ont marqué la société congolaise dans les années 1990 : le retour au pluralisme démocratique, l’abandon du collectivisme pour une économie dite libérale, l’introduction des libertés fondamentales (comme la liberté d’association, la liberté de presse) qui, même si elles ne sont pas totalement garanties, sont effectives. Les gouvernements qui se succèdent depuis, peinent de ce fait à diligenter un projet de société adéquat, à articuler le fonctionnement de cette communauté qui, désormais s’exprime avec plusieurs voix, dans des canaux démultipliés. Il faut aussi mesurer le chemin parcouru : depuis 1963, jusqu’à une quinzaine d’années à peine, un parti unique imposait sa doctrine, régissait et encadrait la société par le biais des « organisations de masses », exerçant ainsi un contrôle sur l’ensemble des couches sociales : les femmes, les jeunes, les syndicats etc. A l’heure actuelle, sur le plan de la conscience collective, si les églises officielles essaient de jouer leur rôle dans un environnement humain marqué par la paupérisation, l’absence de modèle de conscientisation viable émanant de la puissance publique, crée désormais un vide quasi permanent dans la quête de repères au sein de la société congolaise.

Quant à l’école, la société congolaise a évolué vers la pluralité démocratique, mais cette institution continue à être gérée sur un modèle centralisé, étatique, quasiment à l’identique comme au temps du monopartisme. Si on se réfère aux recommandations des Nations Unis, l’école, pour être en phase avec les changements de la société devrait nécessairement s’adapter, évoluer vers un mode de fonctionnement plus décentralisé et mieux encore, participatif. C’est ce décalage dans le temps, entre la société congolaise et son école qu’il faut corriger, en concertation avec tous les partenaires sociaux de cette institution, dans une démarche volontariste. Une réforme du système scolaire congolais devrait, à l’évidence être l’émanation de l’ensemble de la société civile, la résultante d’une concertation sociale. C’est ainsi que le terme « éducation nationale » revêtirait tout son sens, et aboutirait à la conclusion d’un nouveau « contrat social », dans l’intérêt des écoliers congolais. Reste à définir la forme et les lieux de cette concertation. De ce point de vue, trois modalités de débats sont envisageables dans la sphère sociale.

Premièrement, le « débat politique » : opposition et gouvernement soumettent leurs propositions et confèrent sur la question de l’éducation. Un gouvernement, quel que soit son bord politique, a tout intérêt à encourager et inviter les partis de l’opposition, au moins les plus représentatifs, au processus de réflexion. Ces derniers ayant aussi le devoir de concourir à la vie démocratique, ils ne peuvent être cantonnés dans la seule logique de conquête du pouvoir. Même si une seule gouvernance est tributaire de la gestion de l’école publique dont elle est dépositaire, sa gouvernance doit cependant s’efforcer de refléter l’ensemble des sensibilités de la société civile. C’est en fait, avant tout, une question de culture démocratique, et même simplement, de bon sens, car quel avantage tirerait un gouvernement, à moins de se croire infaillible, à s’accaparer une question aussi épineuse, que l’éducation nationale, quitte en cas d’échec, à en endosser l’entière responsabilité ?

Le deuxième niveau peut être le « débat interne » : un dialogue entre la puissance publique et les membres de la communauté éducative, c’est-à-dire les enseignants, leurs syndicats, les cadres du système éducatif, les parents d’élèves et leurs associations représentatives, sans oublier bien entendu les principaux concernés : les représentants des élèves. On peut s’attendre à des réticences , bien compréhensibles chez les enseignants qui craindront qu’un tel débat ne vienne noyauter leurs revendications, et profite au gouvernement pour imposer en définitive ses propres décisions. Mais au fond, que recherchent les enseignants ? C’est sans doute, de pouvoir exercer le plus beau métier dans les meilleures conditions que la société puisse leur donner. Les initiatives allant dans ce sens, si elles sont clarifiées, ne peuvent leur être que bénéfiques.

Enfin, dans la perspective que préconisent les Nations Unies, le « débat populaire » : un débat national qui agirait comme un sursaut collectif, un appel à la mobilisation générale pour l’école. En partant de l’idée (à envisager sans dogmatisme ni tabou), que chaque citoyen quel que soit sa condition sociale a une idée sur l’école, et serait susceptible d’apporter une contribution à son édification, des débats populaires seraient organisés dans les quartiers, les écoles, les collectivités locales, les mairies, les districts. Ces discussions seraient organisés autour d’une liste de thèmes à débattre au choix, comme l’échec scolaire, l’adéquation entre la formation et l’emploi, la gestion concertée des structures scolaires etc. ; ces débats, inscrits dans une durée limitée, peuvent être animés par les acteurs de terrain, ceux là même qui dans l’exercice de leur métiers, connaissent la dynamique de groupe, c’est-à-dire les enseignants, les cadres de l’éducation, mais aussi par tout citoyen impliqué dans le domaine éducatif. Les conclusions de ces débats serviraient de base à l’élaboration d’une nouvelle loi d’orientation scolaire.

Certes, une telle démarche peut laisser perplexe au regard des expériences passées. Le risque bien réel, est que même bien encadré, le débat parte dans tous les sens, que le foisonnement des idées nuise à la clarté des conclusions. L’autre risque serait que, comme cela s’est produit par le passé dans d’autres « grands débats », ses conclusions soient plus ou moins écrites d’avance. Mais le but est de connaître ce que les citoyens pensent de l’école et ce qu’ils sont près à lui apporter pour sa réhabilitation, de solliciter l’adhésion de la société civile au projet commun de l’école. Dans tous les cas, le dialogue social ne se fait non plus sans aléas.

L’histoire a montré comment des nations moins pourvues en ressources naturelles, et en infrastructures, sont devenues des pays émergents, en misant sur l’éducation et la formation de leurs ressources humaines, par la voie du dialogue social. L’éducation est un défi majeur que le Congo se doit de relever, afin d’aider sa jeunesse à affronter les exigences du futur, et ne pas la laisser en marge du temps mondial.

Gédéon Samba

source: http://www.mwinda.org/article/ecole.html

ARCHIVE, le 14 Juin 2006     

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